Home Page Image

 

Bienvenue sur ce site consacré aux soldats et travailleurs coloniaux de Madagascar face à la violence du premier conflit mondial

Un article de synthèse paru dans Le Monde, 20 mai 2014 : "L'image du tirailleur malgache de la Grande Guerre est brouillée".

Une interview sur France Culture, émission La Fabrique de l'Histoire, 12 septembre 2014

Plus de 40 000 soldats et travailleurs de « Madagascar et dépendances » (avec l’archipel comorien) participent à la Première Guerre mondiale. 10% de ces hommes ne reverront jamais l’océan Indien. L’expérience de la « violence de guerre » pour les combattants mais aussi les civils malgaches reste encore peu connue, à Madagascar comme en France.

La célébration du centenaire de la Grande Guerre (1914-1918) coïncide avec une numérisation croissante des archives (armée, presse écrite, fonds iconographiques...) permettant un accès direct aux informations concernant les tirailleurs. Le premier convoi quitte l'île le 9 octobre 1915. Une plongée dans les fiches nominatives des soldats et travailleurs malgaches « morts pour la France » nous révèle qu’environ 80% des hommes qui ont quitté leur terre natale périssent de maladie. Victimes du froid et des virus européens, 40% des malades sont envoyés soigner leur pneumonie, leur tuberculose ou leur congestion pulmonaire dans les « centres d’acclimatation » au bord de la Méditerranée, entre Marseille et Menton.

Beaucoup de leurs sépultures ont été regroupées en 1962 dans la nécropole nationale de Luynes, au sud d'Aix-en-Provence. Un autre lieu symbolique est le cimetière du Trabuquet à Menton. C’est autour de ce lieu de mémoire qu’a été tourné en 2008 le documentaire de Sabine Rakotozafy, Tirailleurs malgaches à Menton... morts si loin.

menton

Mais le soleil méditerranéen ne saurait occulter l’enfer des batailles du nord-est de la France. C’est dans les combats de l’Aisne que s’illustre le 12e bataillon de tirailleurs malgaches, lors des batailles du Chemin des Dames (prise de la tranchée de l'Aviatik le 5 mai 1917), de Rocourt (29 mai - 3 juin 1918), de Dommiers (18-26 juillet 1918) ou encore de Terny Sorny (2-5 septembre 1918). Ce n’est pourtant pas le seul front sur lequel combattent les tirailleurs. Près d’un millier d’hommes perdent la vie hors du sol français, disparus en mer lors de torpillages, morts sur le front d’Orient ou en Afrique du Nord. On trouve des noms malgaches dans les nécropoles de 18 pays d’Europe et de Méditerranée, de l’Algérie à la Russie, de l’Allemagne à la Turquie. Près de 300 Malgaches périssent sur le seul sol grec.

La lecture des Journaux des Marches et Opérations nous donne une idée des activités des différents bataillons. Beaucoup d’hommes sont employés aux travaux de construction. Les fonds iconographiques de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine et de la Médiathèque de la Défense renferment une trentaine de clichés montrant ces hommes en train de bâtir une route dans la neige du ballon d’Alsace en 1917.

alsace

Source : BDIC

La 4e compagnie du 13e bataillon a plus de chance : elle passe l’automne 1917 en Charente-Maritime, à la Tremblade. Une série d’une douzaine de cartes postales est alors réalisée, qui montre le séjour des 95 tirailleurs dans cette petite bourgade. On les voit poser individuellement, à plusieurs, en groupe d’ensemble ou en ordre de marche. S’amuser à chevaucher la monture du capitaine « afin de jouir un instant des prérogatives du commandement », jouant aux cartes, « exécutant une danse indigène de leur pays », « fraternisant avec les petits Trembladais ». La légende des photographies précise que ces hommes, « n’étant pas dénués d’affection », « ont presque tous des noms un peu longs », « se montrent en général très dévoués pour la France ».

trembladehttp://laboduvent.files.wordpress.com/2013/01/troisergents.png

Pour les Français, on s’en doute, la surprise est grande. Le journal La Croix consacre ainsi tout un article à une « histoire vraie : l’aumône du tirailleur malgache » (10 juillet 1917), récit d’un soldat de la Grande Île allant se recueillir dans la cathédrale de Soissons. Il est aussi possible de suivre le traitement du conflit dans la presse de Madagascar, dans des journaux comme La Dépêche malgache ou Le Tamatave.

La souffrance des hommes impliqués dans la guerre ne s’est pas arrêtée avec l’armistice du 11 novembre 1918. Près du quart des victimes décède après cette date, des suites d’une maladie contractée pendant le conflit ou durant la démobilisation ; les fiches des derniers « morts pour la France » (Base MPF) datent du 31 décembre 1919. La violence du conflit reste longtemps gravée dans les esprits.

Des monuments aux morts sont conçus ou remaniés dans les chefs lieux de district ou de province : Ambatolampy (1923), Betafo, Fianarantsoa (1923), Diego Suarez, Majunga (1927). Le monument du lac Anosy à Antananarivo est le seul qui honore tous les morts français et malgaches de la Grande Île ; mais sa construction s’est étalée sur plus de dix ans, entre 1924 et 1935.

anosy

Les carrés militaires de l’île conservent aussi les corps des soldats décédés au cours du conflit : 250 noms figurent dans le cimetière communal d'Anjanahary, dans la capitale. Mais peu à peu les traces de la Grande Guerre s’effacent des esprits et des paysages. A Antananarivo, le nom de la rue du 12e bataillon malgache (Lalana Foloalindahy Malagasy), à Besarety, disparaît des mémoires. La stèle du marché d’Ambohimanarina, près d’Alarobia, qui figure les noms des tirailleurs de la région morts loin de chez eux, tombe aussi dans l’oubli. Qui se souvient aujourd’hui, en France ou à Madagascar, qu’il existe un monument aux morts malgaches de la guerre 14-18 inauguré en 1925 dans le Jardin tropical du bois de Vincennes, en bordure de Nogent-sur-Marne, dans un style inspiré de celui des tombeaux traditionnels malgaches ? Sur ce mémorial, bâti sur l’emplacement du pavillon détruit de Madagascar pour l’Exposition coloniale de 1907, le texte suivant a été gravé : « 1914 – 1918 Au souvenir des soldats de Madagascar ».

vincennes