Maevatanana et sa région : patrimoine historique militaire et civil

« Dernière ville de quelque importance avant la montée vers les hauts-plateaux, Maevatanana a connu son heure de gloire au siècle dernier lors de la « ruée vers l'or ». Le Français Suberbie avait obtenu en 1885 le privilège de l'exploitation de l'or alluvial pour le compte de la reine Ranavalona III. Il extrayait par orpaillage jusqu'à 250 kg d'or par année et avait fondé une petite cité nommée Suberbieville. A Maevatanana se dresse un monument aux morts de la conquête de 1895, dont l'ossuaire renferme les restes de 300 soldats, du lieutenant Augey-Dufresse et du caporal Sapin. » Philippe Oberlé, Provinces malgaches : art, histoire, tourisme, 1979, p.157.

« Au centre de Maevatanana, dans un square fleuri, adossées à des monuments de granit, deux statues de bronze m'attendaient celle du premier soldat français tombé en terre malgache et celle du caporal Ranaivo, le premier malgache tué sur la terre française au cours de la Grande Guerre. Élevés au-dessus des mesquineries humaines, ces immobiles et glorieux représentants des deux races semblaient entretenir un colloque empreint de dignité et de noblesse. » André Demaison, « Madagascar, notre continent austral », La Revue des Deux Mondes, mai-juin 1926, t. 33, p.225.

Suberbieville (aujourd'hui proche de l'ancien cimetière) et le lieu-dit Ranomangatsiaka (aujourd'hui en plein centre-ville). On voit que Maevatanana et son Rova étaient des points élevés dans les collines (aujourd'hui excentrés par rapport à la ville).

Les deux axes de la ville : la RN4 en jaune (fond de vallée, avec des rizières sur le côté) et l'axe ancien Nord-Sud qui relie les deux plateaux et sur lequel se trouvent la plupart des traces encore visibles du passé

Suberbieville

Une ville nouvelle d'exploitation aurifère

Laveurs d'or "à la batée"

Le mausolée à la mémoire du caporal Joseph Ranaivo

« Lorsque parvint la nouvelle du premier Malgache tué à l'ennemi, les habitants du village où résidait à ce moment son père (Maevatanana), édifièrent, en son honneur, une « pierre levée » et, pour commémorer cet événement, glorieux pour Madagascar, ils ouvrirent une souscription spéciale et m'envoyèrent, immédiatement, une somme de 100.000 francs pour être versée aux ambulances coloniales, en même temps qu'ils adressaient 20.000 francs au général commandant supérieur des troupes pour l'œuvre de la Croix rouge française. »

Hubert-Auguste Garbit, L'effort de Madagascar pendant la guerre au point de vue financier, économique et militaire, éd. A. Challamel, 1919, pp. 19-20.

 

“Les cérémonies de l'inauguration du tsangambato érigé à Maevatanana (nord-ouest de l'Imerina) en mai 1917 à la mémoire de Joseph Ranaivo, fils de Charles Ranaivo, notable de Tananarive, médecin de l'A.M.I. (Assistance médicale indigène), renouvellent les formes d'agrégation entre cultures française et malgache. Annoncées comme une initiative des autorités de Maevatanana, elles rassemblent les représentants de tous les groupes statutaires ou ethniques établis dans la région : Sakalava, Sihanaka, Tsimihety, Zazamanga, Marofotsy, Merina, Betsileo, Betsimisaraka, Silamo. Durant trois jours, selon un rituel très proche des célébrations des 14 juillet, se succèdent les moments officiels (discours, retraite aux flambeaux) et les épisodes populaires, marqués par les réjouissances. Quoique placée sous l'autorité nominale du gouverneur général, la cérémonie s'écarte du modèle colonial des 14 juillet par la mise en avant durant les trois jours de pratiques présentées comme traditionnelles, tels que les sacrifices de zébus et les repas collectifs, les démonstrations militaires (combats à la sagaie des Antaimoro), les prestations sportives (diamanga, boxe pratiquée avec les pieds en Imerina, morainga des Sakalava, ringa des Betsileo, tolona des Betsimisaraka, tous jeux de lutte), les chants (hira gasy, forme de chant populaire des régions centrales), danses et chants des Zazamanga, Masombika. La stèle qui porte la dédicace « Joseph Ranaivo, mort pour la France au champ d'honneur dans les tranchées de la Somme le 20 juillet 1916 » (cf. Trompetra volamena, n° 347, 26 avril 1917. Présentation du programme des cérémonies) projette une signification majeure de sacrifice pour la France et donne une intelligibilité — même morbide — au discours de l'assimilation. Dans la création de cette ferveur unanimiste et cette résurgence insistante des traditions malgaches, on peut voir la main de la propagande officielle qui fait de Joseph Ranaivo le modèle du dévouement patriotique, à un moment où il faut recueillir le maximum de volontaires. Pour l'autorité coloniale, la portée de ces cérémonies est de susciter un nouvel élan d'adhésion, pensant que l'introduction des coutumes malgaches au milieu des cérémonies coloniales ne peut manquer de provoquer un transfert attractif et émotionnel à son profit. Au-delà, elles contribuent à restituer à la population malgache des formes certes modulées de ses propres pratiques dont beaucoup en ignoraient jusqu'à présent le caractère représentatif à l'échelle de toute l'île.”

Chantal VALENSKY, « Soldats malgaches et culture française », Revue française d'histoire d'outre-mer, n° 84, 1997, pp.74-75.

Un jeune Malgache mort pour la France

Un jeune caporal de pure race malgache, Joseph Ranaivo, était tué le 20 juillet, sur le front de la Somme, à l'âge de vingt et un ans. Il était le fils aîné d'une notabilité de Tananarive, M. Charles Ranaivo, reçu docteur en médecine à Paris, et qui s'était naturalisé Français. Le général Gallieni s'intéressait tout particulièrement à lui. Joseph Ranaivo fut appelé comme fils de Français avec sa classe. Il avait conquis la Croix de guerre et les galons de caporal il y a quelques semaines. Il écrivait, le 30 juin, au fiancé de sa sœur Aimée, le docteur Guy Parson, un de ses compatriotes, médecin auxiliaire dans un régiment d'artillerie : « Mon cher vieux, je n'ai pas peur de mourir, surtout pour la patrie, mais enfin on ne sait jamais ce que nous réserve l'avenir ; ainsi, j'entre dès ce soir dans une phase où ma vie est plus que jamais en danger. En tout cas, si jamais il arrive que la mort me fauche, tu le sauras aussitôt. Je mets ma chère petite famille entre tes mains... C'est pénible d'écrire une pareille lettre, mais il le faut... Maintenant « haut les cœurs » et en avant avec cette devise « Fais ce que dois, advienne que pourra. » Travaillons pour les intérêts et l'avenir de ceux que nous aimons ; vengeons nos morts ; culbutons les Barbares envahisseurs et que leur humeur belliqueuse soit éteinte pour jamais... Je suis très heureux d'avoir cet honneur de combattre pour la délivrance de la France ; c'est un événement unique au monde. Tout marche à merveille maintenant, santé, moral, enthousiasme et patience, j'espère que l'effort qu'on déploiera concordera avec tout cela et qu'enfin le dénouement fatal arrivera sous peu. » Ce beau sacrifice si noblement offert d'un jeune soldat appartenant à l'élite sociale et intellectuelle du peuple malgache, témoigne de l'attachement de Madagascar à la France et de la possibilité de nous assimiler peu à peu la population madécasse.

Le Temps, 21 août 1916, repris le 21 août 1916 dans Le Gaulois et Le Journal et dans la nécrologie du Journal des Débats du 22 août 1916. Repris dans Le Tamatave du 8 novembre 1916.

Le petit Malgache

Joseph Ranaivo, vingt et un ans, caporal, tué sur notre front de la Somme, je ne vous ai pas connu. Dormez dans la paix et dans la gloire, mon enfant ! Je ne me permets de vous en tirer un instant, avec respect, que pour lire la lettre que vous écriviez au fiancé de votre sœur, la veille de votre dernier combat : « Mon cher vieux, je n'ai pas peur de mourir, surtout pour la patrie ; mais enfin, on ne sait jamais. Je mets ma chère petite famille entre tes mains. Et maintenant, haut les cœurs, vengeons nos morts, culbutons les barbares » La patrie... nos morts... les barbares !... N'importe quel petit bonhomme de chez nous a écrit une lettre pareille. Mais de vous, Joseph Ranaivo, c'est mieux, et si chargé de sens que j'en reste attendri et grave. Parce que vous n'étiez pas tout à fait de chez nous. Vous étiez de Tananarive. Alors, la patrie, pour vous, ce n'était pas seulement cette grande île sauvage et fleurie, là-bas, derrière l'Afrique ? Vos morts ? Ils ne reposaient donc pas tous sur une haute colline de l'lmerina ou sous le sable chaud de quelque grève tropicale, devant la houle miroitante du canal de Mozambique ? Et les barbares, ce n'étaient pas les Français venus pour conquérir votre terre, avec Gallieni ! Eh bien, non. Il est possible que nous ne sachions pas très bien exploiter nos colonies. Nous savons, en tout cas, nous en faire aimer. Voilà ce que nous faisons d'un Malgache, en vingt ans un Français, et noble ! De ceux qui savent mourir et qui savent pourquoi ils meurent ! Cette lettre, chacun des nôtres l'aurait écrite, du même style, sans emphase, avec ce demi-sourire que nos petits gars conservent jusqu'à la fin, dans le coin de la moustache, un sourire qui tremble un peu, mais qui tient bon... Or, en France, après la guerre, il y aura beaucoup de femmes sans mari possible. Les fiancerez-vous à des étrangers, alors qu'à Madagascar comme en Indo-Chine il y aura des Joseph Ranaivo qui ne seront pas morts ? Maurice de Waleffe

Le Journal, 2 septembre 1916, repris dans Le Gaulois, 3 septembre 1916

Le père de Joseph, Charles Ranaivo, de la caste des Trimofoloalina, est né à Anosizato le 15 août 1874. Il avait servi en 1898 à Madagascar de professeur d’anglais et d’allemand au général Gallieni lors d’un déplacement autour de la Grande Île qui dura quatre mois. En remerciement, le général avait accepté de financer son séjour à Paris pour obtenir le Doctorat en Médecine (1898-1902). Ranaivo avait obtenu parmi les premiers la citoyenneté française par décret du 31 décembre 1909. Après un service en France entre mars et mai 1916, il avait été nommé à Maevatanana médecin aide-major de 2ème classe, chef de l'infirmerie et inspecteur de l'assistance médicale indigène. En 1916, les enfants des fonctionnaires de la ville donnèrent une représentation en faveur des œuvres de guerre, en jouant aux petits soldats en partance pour la France. Les répétitions se faisaient en général au domicile du docteur Charles Ranaivo. Sa femme décéda le 17 février 1924. En août 1926, son fils Gaston s'en alla en France pour suivre les cours de la Faculté de médecine de Paris ; devenu docteur en médecine de la Faculté de Strasbourg, diplômé de l'institut de médecine coloniale de la faculté de Paris, il fut nommé en avril 1936 médecin de 3e classe du cadre local de l'A.M I.. En avril 1927, la petite-fille du docteur, Josette Rasoanaivo décéda dans sa 4ème année. Par la suite, Ranaivo a occupé entre 1928 et 1936 la fonction de président de l'Amicale des Citoyens français d'origine malgache (ACFOM). Charles Ranaivo est décédé le 3 janvier 1946.

Le registre matriculaire du père de Joseph Ranaivo, Charles

La fiche Mort pour la France de Joseph Ranaivo

Le registre matriculaire de Joseph Ranaivo

 

Le mausolée a été installé sur un des sommets de la ville. On aperçoit l'Ikopa au loin. De chaque côté, se trouve une statue de 3 à 4 m de haut représentant une bêche (angady) et une fourche. Un canon de l'expédition de 1895 a été fixé au pied du monument (en bas à droite sur la photo).

On monte au mausolée par un chemin bien entretenu. Un bouquet de fleurs témoigne de la persistance de l'hommage rendu au caporal.

La citation militaire du caporal Ranaivo

La mention de l'édification du monument et de la cérémonie du 1er mai 1917

Un autre monument malgache à la mémoire de Joseph Ranaivo

Joseph Ranaivo s’embarque sur le Caucase à Tamatave en mai 1915. Il prend part aux opérations de Champagne et à la bataille de Massiges, “où son casque et son sac furent troués”.

En janvier 1924, une salle du Lycée Gallieni (alors nommé lycée Condorcet, où Joseph Ranaivo avait fait ses études en étant le premier Français d’origine malgache) est dédiée à “Ranaivo Joseph, mort pour la France le 20 juillet 1916”.

L'ossuaire aux Morts de 1895

Situé à côté de la station service Shell de Maevatanana

 

11 Novembre 1924, à Maevatanana. Inauguration de l’Ossuaire aux Morts de 1895.

Le Gouverneur Général de Madagascar, M. Marcel Olivier, accompagné du général Dhers, Commandant supérieur, et de leur Etat Major les colonels Pelud et Leduc, de MM. Giocantti, Krafft, Dr Fontoynont, Dr Ch. Ranaivo, Joly, Président du Syndicat de la Presse, Vierne Directeur de l’Echo de Tananarive, sont arrivés à Maevatanana le 10 à 4h ½ p. m. Le 11 inauguration du monument aux morts de 1895, ossuaire destiné à recevoir les ossements des militaires dont les restes mortels étaient déposés dans les différents cimetières de la ville. Discours de MM. Krafft, Giocantti, Gouverneur Général, retraçant tous le martyrologe des héros de1895, tombés de Majunga à Maevatanana et esquissant le récit des causes qui amenèrent l'expédition de 1895 et ses étapes suivies par la colonne mobile jusqu'à la prise, de Tananarive. Des couronnes ont été déposées au pied du monument par les combattants de 1914-1917 à leurs Camarades de 1891-1895 — par l'Association des Combattants de 1895 — par le Gouverneur Général, par la Colonie hellénique de Maevatanana. Avant la cérémonie civile la bénédiction de l'Ossuaire a été donnée par le R. P. de Maupeou, vicaire de Maevatanana. A la suite de la cérémonie à l'Ossuaire le cortège se rendit au pied du monument élevé à la mémoire du 1er malgache tombé pour la France pendant la campagne de 1914-1918, le caporal Ranaivo, fils du sympathique Dr Ch. Ranaivo. Discours très émouvant du Gouverneur Général. Une foule nombreuse de plus de 3.000 indigènes assistait à ces cérémonies et la colonie Européenne toute entière était groupée autour du Gouverneur Général et des autorités locales.

Le Phare de Majunga, 15 et 22 novembre 1924.

Discours de M. le Gouverneur Général Olivier, Maevatanana, 11 Novembre 1924

« (...) 30 ans ont passé. Unis dans la même pensée, l'Œuvre des Tombes et l'Administration de la Colonie peu à peu recueillent les restes épars de ceux qui ont lutté, de ceux qui ont souffert, de ceux qui demeureront à jamais en cette terre et les réunissent pour qu'ils puissent en paix dormir leur dernier sommeil. J'ai tenu à venir en ces lieux rappeler le souvenir des heures tragiques et la mémoire des braves qui les ont vécues, et devant ce monument que la piété et la reconnaissance ont édifié, avec vous tous que je remercie de m'entourer en si grand nombre, je m'incline bien bas. (...) Voici, à nos côtés, le monument si émouvant dans sa simplicité du Caporal Ranaivo, le premier soldat malgache, mort en France, au cours de la grande guerre. Quel rapprochement Messieurs ! Voir ainsi en ce même lieu, attestés dans la pierre à la fois l'héroïsme des fils de France qui ont libéré ce pays d'un joug pesant et qui de leurs mains fraternelles lui ont tracé la route vers un avenir meilleur, et celui des fils de la Grande Île qui, à l'appel de la Mère Patrie, sont accourus pour prendre part à la lutte de la civilisation contre la barbarie, à cette lutte immense, et décisive où se sont conjugués les efforts des libérés et ceux des libérateurs, dont le sang confondu a scellé avec leur union définitive, la victoire du droit. Ces deux monuments, dans cette humble bourgade, témoignent de la solidarité qui chaque jour davantage, malgré les différences de races, malgré les divergences d'intérêt, unit les hommes ; ils prouvent que la gratitude n'est pas un vain mot ; ils attestent aussi la noblesse de nos buts et l'excellence de nos méthodes coloniales. Ils sont pour nous, à la fois, un exemple et une leçon : l'exemple, nous le trouverons dans l'héroïsme des troupes françaises, dans l'esprit de sacrifice de nos soldats que l'on rencontre dans le vaste monde, partout où il y a des injustices à réparer, des libertés à apporter, nous le trouverons aussi dans le courage, dans la fidélité, dans la reconnaissance des enfants d'adoption de notre Patrie. La leçon qui s'impose est celle de la fraternité qui unit les hommes, celle de l'union qui doit les souder dans une même pensée d'amour et de justice. Soyons dignes, Messieurs, de ces grands morts, de ces martyrs de la civilisation. Saluons ensemble leurs dépouilles et travaillons tous, affectueusement unis, au progrès de ce pays où tant de vies généreuses se sont éteintes. » Ce discours très applaudi de l'assistance européenne fut traduit à la population indigène qui lui fit un bon accueil et l'interrompit souvent de ses applaudissements. La cérémonie prit fin par un défilé de la milice. Ensuite le Gouverneur Général, sa suite et la population indigène se rendirent au monument élevé à la mémoire des premiers soldats malgaches morts au front. M. le Gouverneur Général rappela en quelques paroles le beau geste de ces soldats et exprima en particulier toute son admiration au Docteur Ranaivo présent à ses côtés et dont le corps de son fils, le petit caporal, repose sous le monument. Il voulait voir en cela le symbole du rapprochement de la Colonie et de la France et de l'attachement à cette dernière de ses nouveaux enfants. En termes émus le docteur Ranaivo remercia le chef de la colonie de l'insigne honneur qui était fait à son fils, à lui même et à toute la famille et l'assura de tout le dévouement de ceux qui ont compris la bonté et la magnanimité de la France. L'après midi visite inaugurale de la foire de Maevatanana, courses de bœufs porteurs, mpilalao et le soir bal à l'hôtel après le dîner à la résidence. Mercredi le Gouverneur Général et sa suite rentrait à Tananarive à 17 h. 30. Le meilleur accueil avait été réservé aux personnes venues de Tananarive pour Madame et Mr A. Berthier. De même une organisation impeccable due à l'initiative du capitaine Lancement, officier d'ordonnance du Gouverneur Général, présida au voyage et au séjour à Maevatanana. Dans l'ensemble manifestation d'une portée politique importante qui nous le craignons a échappé à la masse de la population de la colonie.

L’Echo de Tananarive, 15 et 19 novembre 1924.

Les trois noms figurant sur l'ossuaire :

Étienne DE LA BIGNE, né le 17/06/1863 à Étampes (Essonne). Capitaine au 40e Bataillon de Chasseurs à Pied, bataillon de marche créé le 1er février 1895 pour les opérations de la campagne de Madagascar (dissous le 31 décembre 1895). Mort des suites de maladie contractée en service, le 26/09/1895 à Suberbieville. Dédicace : « Ici repose le Cte ETIENNE de la BIGNE Capitaine au 40e Bon de Chasseurs - (Corps Expéditionnaire de Madagascar) 1863 – 1895 ». Fils de Henry de La Bigne et de Marie Albertine de BIGAUT de FOUGÈRES - Époux de Marguerite de LAUZON (mariage le 11/01/1889 à Versailles) - Ancien élève de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, promotion "de Fou Tchéou" (1884-1886) - Lieutenant au 22e B.C.P. à Albertville, volontaire pour le 40e B.C.P. formé pour la campagne de Madagascar, a participé à l'élaboration de cartes géographiques sur l'île (carte de Maevatanana...), nommé capitaine, emporté par la fièvre.

AUGEY-DUFRESSE, Lieutenant dans la 6e compagnie du Régiment d'Algérie, régiment de marche formé à Sidi bel-Abbès en 1895 en vue de l'expédition de Madagascar [Fin 1896, le régiment a été décimé par les fièvres et les maladies, il n'existe plus en tant que force combattante]. Mort des suites de blessures le 29/06/1895 à Tsarasaotra. Dédicace : « Ci-Git AUGEY-DUFRESSE Lieutenant aux Tirailleurs Algériens tué au combat de-Tsarazotra le 29 juin 1895 » - Grièvement blessé par balle alors que plus de 2000 guerriers Hovas attaquent les positions du 2e bataillon du Régiment d'Algérie à Tsarasaotra. Les Hovas sont finalement repoussés avec des pertes. Le lieutenant AUGEY-DUFRESSE décède de ses blessures. Une rue lui est dédiée à Tananarive en février 1897, en lieu et place des Quatre Chemins à Andohalo.

La blessure mortelle d'Augey-Dufresse

La rue portant son nom à Antananarivo

COURTOT, Lieutenant, mort en 1895. Dédicace : « Les officiers de la Garde Républicaine à leur camarade le Lieutenant COURTOT - Corps expéditionnaire de Madagascar – 1895 »

Peut-être que ces militaires reposent aussi dans l'ossuaire... :

Joseph Jean Jules MOREL, né le 19/02/1873 à Cambrin (Pas-de-Calais), Sapeur mineur - 11e Compagnie du 2e Régiment du Génie, Matricule 1499 - recrutement Béthune, mort le 20/08/1895 à 4 h du soir à Suberbieville, Immatriculé 9786 - Fils de Jules Louis et de LECLERCQ Léonie Laure Joseph domiciliés à Cambrin - Maçon - Célibataire - Engagé volontaire pour 4 ans le 22/10/1892 à Béthune (62) pour le 3e R.G - Passé au 1er R.G. le 01/10/1894 et au 2e R.G. le 01/02/1895 - Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 62 - Cambrin - Plaque commémorative, église Notre-Dame - par Thadée SZALAMACHA

Auguste ROBINET, mort le 07/09/1895 à Suberbieville. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 52 - Les Loges - Église Plaque commémorative - par Guy CHAILLAUD

Francis BERNARD, Médecin major - 200e Régiment d'Infanterie, régiment formé à Lyon en vue de l'expédition de Madagascar à partir de volontaires issus de douze régiments d'infanterie métropolitains [Début septembre 1896, le régiment a été décimé par les fièvres et les maladies, il n'existe plus en tant que force combattante], mort le 18/09/1895 à Suberbieville. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 90 - Belfort - Plaques commémoratives, Lycée Condorcet - par Philippe TOVENA

Jean Claude MARIN, né le 23/07/1872 à Saint-Racho (Saône-et-Loire), Chasseur - 1ère Cie du 40e B.C.P., Matricule 1472, recrutement Mâcon. Mort des suites de maladie contractée en service le 18/09/1895 à l’Hôpital de campagne de Suberbieville. Autres informations : Célibataire - Fils d'Antoine Marie et de Jeanne Marie DEBIESSE - Sur la stèle est inscrite la mention suivante : A la mémoire de Jean-Claude Marin, soldat au 40e Chasseur, mort pour la patrie le 18 septembre 1895, Suberbieville (Madagascar), à l'âge de 23 ans. Sa famille inconsolable. Priez pour lui. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 71 - Saint-Racho - Stèle Commémorative Monument commémoratif - par SF CHAUFFAILLES

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René DASSONVILLE, soldat, mort en 1895 à Suberbieville. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 59 - Tourcoing - Plaque Commémorative T.O.E. - par François VERMAUT

Charles Alexandre WALLE, Maréchal des logis, mort à Suberbieville. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 60 - Beauvais - Plaque Commémorative, chapelle du cimetière [Beauvais] - par Cédric HOOCK

 

Quinze tombes de militaires français se trouvent dans le cimetière communal de Maevatanana (ex Suberbieville). Relevé établi à partir des informations détenues par l'Ambassade de France à Madagascar.

Parmi eux se trouve le caporal Désiré SAPIN, né le 09/08/1873 à Quinçay (Vienne), Caporal dans la 6e compagnie du Régiment d'Algérie, tué à l'ennemi le 29/06/1895 à Tsarasaotra - Fils de Louis SAPIN et de Louise POUZET - Tué raide d'une balle en pleine poitrine alors que plus de 2000 guerriers Hovas attaquent les positions du 2e bataillon du Régiment d'Algérie à Tsarasaotra. Les Hovas sont finalement repoussés avec des pertes. Le corps du caporal SAPIN sera emmené jusqu'à Maevatanana où le 2e bataillon du Régiment d'Algérie s'installe après la capitulation hova. Cette fiche apparaît dans les relevés suivants : 79 - Pressigny - Monument aux Morts - par Anne-Marie JAMAIS

Le cimetière abandonné de Maevatanana

Une seule tombe avec un nom de défunt : une gravure dans la pierre pour l'éternité ? En tout cas notre guide improvisée fait beaucoup d'effort pour déchiffrer

Nicolas BATIS, célibataire, commerçant, domicilié à Maevatanana, né le 3 mai 1878 à Mandrakion (île de Nisyros), île de la mer Egée (Dodécanèse). Propriété dite : Nea Ellas, sise à Maevatanana Ville, rues des Mosquées et de Navarin. Décédé le 17 avril 1917.

Peut-être des sépultures militaires

Des croix émergent au milieu des immondices

 

Comme souvent, tout le métal a disparu...

...d'autant qu'une forge a été créée à proximité

 

 

Quelques avis de décès d’Européens à Maevatanana et Suberbieville :

M. Peltier Charles-Henri-Pascal, Chef de poste à la Compagnie Suberbie, le 10 juillet 1897

M. Paroli Marc, ouvrier à la Cie Suberbie, le 30 octobre 1897

M. Ricœur Charles, mai 1899

M. Liblin Paul, le 29 juin 1899, décédé d'un accès paludéen bilieux, dont les restes ont été exhumés en 1901 et transportés en France en vue d'être inhumés à Quessy

M. Farrah Michel, commerçant, le 14 juillet 1899

M. Montreuil Augustin, écrivain, le 25 juillet 1899

 

M. Marchal, surveillant de la route de Majunga, le 8 décembre 1899

M. Hascouëtt, surveillant de la route de Majunga, septembre 1900

M. Privat, employé à la Cie Coloniale et des mines d'or de Suberbieville et de la côte ouest de Madagascar, septembre 1900

M. Bousingo Joseph-Alix-Achille, sans profession, le 7 mars 1915

M. Roger Adelson, mécanicien, le 5 mars 1919

M. Helfterios Hadjicosta, Grec, le 26 juin 1945

 

Le cimetière de Marololo, disparu à la suite du passage du cyclone Gafilo en mars 2004

Suite à une expédition en avril 2015, il a été confirmé par la population locale que le cimetière et ses très nombreuses tombes étaient encore visibles il y a quelques années. Mais le site a été immergé lors des inondations de 2004.

Peu de possibilités pour se rendre à Marololo : soit aller en 4x4 jusqu'à Ambinanikely et Mangabe (plusieurs heures depuis la RN4) et continuer à pied (encore quelques heures), soit descendre l'Ikopa en pirogue depuis Maevatanana mais le retour pose problème, soit aller en moto via Beratsimanana et Anjiakely en passant la Betsiboka sur une barque

La moto, meilleur moyen de traverser étendues de sables et marécages

Beaucoup de tombes placées aux bords des fleuves disparaissent du fait de l'érosion des berges de l'Ikopa et de la Betsiboka lors des inondations en saison des pluies

 

Ankaboka et Marololo, deux cimetières emportés par les eaux de la Betsiboka

"Au cimetière d'Ankaboka dorment mille à douze cents Français. Ils sont ensevelis à quelques mètres à peine du fleuve de la Betsiboka. Celui-ci ronge le rivage ; chaque année il en enlève un morceau et se rapproche de plus en plus de la terre sacrée. Un jour viendra, très prochain, où il emportera les squelettes dans les remous de ses flots sales.

A Marololo ("où il y a beaucoup d'Esprits des morts") se trouve l'un des plus grands cimetières de l'expédition. Prescience des mortels ou ironie de la fatalité : ce charnier humain, Marololo, fut antérieur à l'arrivée des Français. Primitivement chaque fosse était indiquée par une humble croix sur laquelle on avait fixé une plaque de fer-blanc où était buriné l'état-civil du soldat défunt. Il y a quelques années on pouvait encore lire les noms suivants : Abric Germain, soldat au 200ème de ligne, mort pour la patrie le 22 août 1895, à l'âge de 23 ans ; Cataoire Arthur, soldat au 40ème bataillon de chasseurs alpins, mort pour la patrie le 22 août 1895, à l'âge de 23 ans ; Casaerte Jean, soldat au 200ème de ligue, mort pour la patrie le 4 août 1895, à l'âge de 24 ans ; Moreau Emile, soldat à la 30ème section de conducteurs, mort pour la patrie le 11 août, à l'âge de 23 ans ; Jeahne Paul soldat eu 200ème de ligne, mort pour la patrie le 29 juillet 1895, à l'âge de 22 ans ; Farjon Jean, soldat au 13ème d'infanterie de marine, mort pour la patrie le 20 août section du train, mort pour la patrie le 11 août 1895, à l'âge de23 ans ; Bernard Jéau, soldat au 13ème d'infanterie de marine, mort pour la patrie le 11 août 1895, à l'âge de 23 ans ; Coupin Yves-Marie, soldat au 40ème bataillon de chasseurs alpins, mort pour la patrie le 16 août 1895 à l'âge de 23 ans ; Vessière Honoré, soldat au 40èoee bataillon de chasseurs alpins, mort pour la patrie le 11 août 1895, à l'âge de 23 ans ; Van Crombruggen, soldat au régiment d'Algérie, mort pour la France le 18 août 1895, à l'âge de 23 ans. Le reste est perdu dans l’oubli.

La Dépêche de Madagascar, 8 et 11 avril 1936

Au Père-Lachaise

« Il y a là les noms des victimes du Sénégal, de la Tunisie, du Soudan ; mais surtout, surtout, du Tonkin et de Madagascar. Oh ! cet hôpital de Marololo : ce lieu de souffrances, de misères et de mort ! Comme ces quatre syllabes barbares reviennent fréquemment sous les yeux de ceux qui parcourent les inscriptions fixées à la grille ; comme elles apparaissent obsédantes et cruelles par les visions quelles suscitent ! »

Amédée Fraigneau, « Au Père-Lachaise », Le Monde moderne, IV, 1896 (pp. 681-698).

 

L'entretien des cimetières...en 1898

Dans le courant du mois de mai 1898, la commission de l'Œuvre des tombes de Maevatanana a poursuivi la réfection des cimetières du Bouéni. Les enclos de Marololo, de Maevatanana, de Suberbieville, de Tsarasoatra, du Ponceau et d'Andriba ont été nettoyés. Les tombes ont été réparées, l'identité en a été reconstituée et des croix en fer avec plaques ont été placées sur chacune d'elles. De grandes plaques en cuivre, destinées au frontispice du petit monument commémoratif élevé dans chaque cimetière, sont commandées en France et seront mises en place dès leur réception. L'avoir en caisse des diverses commissions de l'Œuvre des tombes de Madagascar, au 31 mai 1898, est le suivant : Tananarive 2.037 fr. 45 Tamatave 772 fr. 35 Fianarantsoa 192 fr. 30 Majunga 13.360 fr. 35 Diégo-Suarez 310 fr. 00 Morondava 836 fr. 00 Maevatanana 5.000 fr.00. Toutefois, une certaine partie des sommes ci- dessus indiquées va être absorbée par les réparations en cours d'exécution.

JOMD, 18 juin 1898, p. 2004.

Quelques morts de Marololo

Louis Emile Séverin RIVIÈRE, né le 02/06/1872 à Le Chesnay (Yvelines), Chasseur - 1re Cie du 40e B.C.P., Matricule 479, Mort pour la France des suites de maladie contractée en service le 23/10/1895 à l’Hôpital de campagne 2 de Marololo. Autres informations : Célibataire. Domicilié à Rocquencourt (78). Fils de Jules Léopold et de MOISY Aurélie, domiciliés à Rocquencourt (78). Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 78 - Le Chesnay - Plaque commémorative église Saint-Germain - par Jean-Claude JORAND

Ernest LEROY, 13e Régiment d'Infanterie de Marine, régiment formé en 1895 en vue de l'expédition de Madagascar [Début septembre 1896, le régiment a été décimé par les fièvres et les maladies, il n'existe plus en tant que force combattante] – mort le 06/11/1895 à Marololo. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 92 - Asnières-sur-Seine - Monument Commémoratif - par Frédéric BROUSSOLLE

Gustave NOËL, soldat au Bataillon des volontaires de la Réunion, mort à 21 ans le 01/09/1895 à Marololo. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 54 - Lunéville - Plaque commémorative Colonies - par Martine MANGEOLLE

F. O. L. Amédée DESSIRIER, né le 07/09/1853 à Noidans-le-Ferroux (Haute-Saône), Lieutenant à la 2e Cie du 30e Escadron du Train des Equipages Militaires, formé le 31 janvier 1895 à Arles et destiné à la campagne de Madagascar, dissous en 1896. Mort pour la France des suites de maladie contractée en service, le 12/11/1895 à l’Hôpital militaire de Marololo. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 70 - Saulx - Monument aux Morts - par Franck DAVID-HENRIET

Georges GODET, né en 1872, 30 S.I.M., mort en 1895 à Marololo. Cette fiche apparaît dans le relevé suivant : 60 - Saint-Just-en-Chaussée - Monument commémoratif aux soldats morts sous les drapeaux

L'expédition de 1895 à Marololo et Maevatanana

L'arrivée par bateau à Marololo, à la confluence de l'Ikopa et de la Betsiboka

A pied jusqu'à Maevatanana, par près de 40°C à l'ombre

Le Rova de Maevatanana en vue

Une vision bien éloignée de la réalité

La prise du fort

La prise du fort

L'enterrement des malades à Suberbieville

Le transfert des malades de Suberbieville à Marololo